Biscuits tendres à la cardamome

4 mars 2010 at 16:40 | In Recettes | 6 Comments
Tags:

     Ils ont l’air de rien, mes petits biscuits à la cardamome, mais attendez d’y avoir goûté!


     Lorsqu’une amie m’avait suggéré cette recette de Josée Di Stasio il y a plusieurs années, je ne connaissais pas du tout la cardamome. Aujourd’hui encore, c’est une épice que j’utilise peu, surtout parce que je ne sais pas comment et à quoi l’intégrer. (Je sais une chose, par contre: un peu de cardamome dans une recette chocolatée, c’est exquis!) Pour des informations plus précises sur la composition de la cardamome ou encore sur les aliments et les vins avec lesquels elle pourrait s’accorder, allez lire cet excellent article de François Chartier.

     Voici une recette dont je ne peux plus me passer; un dessert peu sucré, qui accompagnera à merveille votre thé d’après-midi. Cette pâte à biscuits peut se conserver plusieurs mois au congélateur; profitez-en pour doubler la recette… ;-)  Vous m’en redonnerez des nouvelles!

- 3/4 tasse de beurre ramolli

- 2/3 tasse de cassonade

- 1/4 tasse de crème 15%

- 1 1/2 tasse de farine

- 2 cuil. à thé de cardamome moulue

- 1/2 cuil. à thé de poudre à pâte

- 1/2 cuil. à thé de bicarbonate de soude

- une bonne pincée de sel

     À l’aide d’un batteur électrique, mélanger le beurre et la cassonade jusqu’à l’obtention d’une consistance crémeuse. Incorporer la crème en continuant de battre, puis réserver.

     Dans un second bol, tamiser ensemble tous les ingrédients secs: farine, cardamome, poudre à pâte, bicarbonate de soude et sel. Ajouter cette seconde préparation au premier mélange crémeux.

     Partager la pâte pour former des cylindres d’environ 3 cm de diamètre. Envelopper chaque cylindre dans de la pellicule de plastique et du papier d’aluminium, pour ensuite les placer au congélateur au moins une heure.

     Préchauffer le four à 375°F. Découper le nombre de biscuits désiré (calculer environ 1 cm d’épaisseur par biscuit) et les placer sur une plaque à biscuits qui a été recouverte de papier parchemin. Faire cuire au four environ 8 minutes. Veillez à bien surveiller les biscuits pour ne pas qu’ils brunissent; il faut les sortir du four dès que leurs contours prennent une apparence dorée (parfois 5 ou 6 minutes suffisent)! Déguster avec votre thé ou tisane favorite!

La Grèce chez les Marmitons

27 février 2010 at 14:16 | In Grèce, Montréal | 1 Comment
Tags: ,

     C’est la seconde fois que je suis invitée à déguster un repas chez les Marmitons, un groupe d’hommes qui se rassemblent une fois par mois pour cuisiner en compagnie d’un chef d’expérience. Pour la St-Valentin, chéri a accepté d’aller mettre les mains à la pâte, en bonne compagnie, et nous avons pu profiter d’un délicieux souper grec!

     Cette fois-ci, la chef invitée était Michèle Ricard, la directrice des Oliveraies Stavropoulos (Saint-Ligouri). En plus d’avoir droit à un repas qui flairait bon les souvenirs de la Méditérranée, le fromage feta, l’ail et l’huile d’olive, nous avons pu faire connaissance avec les savoureux produits de La Belle Excuse. (Nous ne saurions assez vous conseiller tous leurs produits de l’olive, bien sûr, qui proviennent de leur oliveraie familiale en Grèce et qui sont embouteillés au Québec, mais aussi leur vinaigre balsamique blanc, qui nous a complètement charmés!)   

     Mais revenons-en à ce copieux souper… Notre assiette de mezzés comprenait une salade grecque colorée horiatiki, une tirokafteri (tartinade de poivrons grillés et feta) accompagnée de chips de pita à l’origan et au piment d’Espelette (ci-bas), des loukaniko (saucisses grecques) et de la pieuvre grillée htapodi (deuxième photo ci-bas).

     L’assiette principale, quant à elle, était élaborée autour d’un arnaki  exohiko lemonato, un jarret d’agneau braisé et son gremolata (ci-bas).

     Nous avions la possibilité d’accompagner l’agneau d’une salade de betteraves à la menthe (patzaria), d’une salade de bettes à carde, de pissenlits et de chicorée à l’huile d’olive et au citron, et d’un plat d’orzo à l’ail grillé (ci-bas).

     J’ai particulièrement eu un coup de coeur pour le dessert, un gâteau à l’huile d’olive, pavots et tangerine (ci-bas), que je prévois refaire très bientôt à la maison en format mini-muffins!

     J’ai tellement pris l’habitude de prendre des desserts lourds que j’avais oublié à quel point un dessert peu sucré peut être agréable en fin repas! Sans compter que le mariage du fameux gâteau avec cette véritable liqueur des dieux qu’est le Muscat de Limnos était absolument parfait! (Je vous conseille d’ailleurs d’aller vous en chercher une bouteille avant que j’épuise le-dit produit dans les SAQ!) ;-)

     Vous pouvez également lire un compte-rendu de cette superbe soirée sur le site des 2Capricieux!

Du Club Chasse et Pêche jusqu’à la glace au pop-corn!

21 février 2010 at 14:22 | In Montréal, Restaurants | 11 Comments
Tags:

      Croyez-le ou non, ce n’est que tout récemment que j’ai entendu parler du Club Chasse et Pêche, pourtant reconnu comme l’une des meilleures tables à Montréal! La raison toute simple de cette ignorance est que… je n’ai pas l’habitude d’aller manger dans des restaurants cinq étoiles!

     Vendredi dernier, ma curiosité a pris le dessus sur mon budget, et je me suis payé un incroyable repas dont je vais me rappeler très longtemps… Attention: ne pas lire ce billet si vous n’avez pas encore dîné!

     Le Club Chasse et Pêche, c’est d’abord une ambiance chaleureuse  et feutrée, dans un décor qui nous donne pourtant l’impression d’être à l’intérieur d’une grotte! L’éclairage y est juste assez tamisé. À notre table, la lumière semble nous inviter au monologue le plus touchant d’une pièce de théâtre où chaque assiette de notre repas deviendra à son tour le personnage principal.

(Ci-haut) Mesdames et messieurs, veuillez accueillir: the petit pot de beurre!

     Par pure chance, c’est Aurélia qui est venue nous décrire le menu de la soirée. (Elle est l’auteure passionnée du blog Bu sur le web; un coin de la blogosphère que je vous suggère fortement d’aller découvrir – si vous ne le connaissez pas déjà – pour une escapade à la fois professionnelle, accessible et surtout sans prétention dans l’univers des dégustateurs de vins!) Difficile de choisir lorsque tout a l’air savoureux!!!

     Le concept du Club Chasse et Pêche, vous l’avez compris, est de présenter et de mélanger harmonieusement les viandes et les produits de la mer. C’est ainsi qu’en entrée, il y avait sur notre table à la fois (ci-haut) la ô combien tendre perdrix farcie de trompettes des morts (champignons) avec pancetta et soubise pour chéri et belle-soeur, les huîtres personnalisées pour mon frère, et cette fabuleuse (ci-bas) bisque de homard juste pour moi, que l’on m’avait judicieusement fait accompagner d’un verre de Cour-Cheverny du Domaine Philippe Tessier. Je salive encore juste à regarder la photo…

     Venait ensuite le plat principal. Chéri et belle-soeur ont été subjugués par les cerises au Minus 8 qui accompagnaient leur gigue de cerf et purée de topinambours alors que mon frère a pu profiter d’un mariage chasse et pêche des plus exquis (ci-bas) de homard et de boeuf Kobe.

     J’avais, pour ma part, (ci-bas) choisi une assiette qui jumelait du bar à la fois fondant et croustillant, sur un lit d’edamame et un foie gras poêlé avec un mélange d’orge perlé et de champignons surmonté d’un petit oeuf.

     C’est probablement l’une des premières fois de ma vie que je remarque autant les textures de mon repas et que je réalise à quel point elles m’ont permis de mieux l’apprécier. Le côté « fondant en bouche » croissant du poisson, puis du foie gras et de l’oeuf m’a transportée maintes fois d’un bout à l’autre de l’assiette! Et puis ces différentes nuances salées… WOW!

     Et le pire dans tout ça: ce n’était pas terminé! Impossible de partir de là sans choisir un dessert parmi les créations de Masami! Nous avons pu goûter à l’Élisabeth (ci-bas), un cake et son sorbet à la noix de coco, sur lequel reposaient des dattes medjool et du miel à la truffe blanche…

     J’ai, pour ma part, terminé mon repas avec l’Univers (ci-bas), un paris-brest et une crème aux amandes pralinées, accompagnés d’une glace au pop-corn!!! Un très original mélange sucré-salé; plusieurs bouchées que je ne suis pas prête d’oublier!

     J’ai toujours un petit pincement au coeur lorsque je mange dans un restaurant où je sais que ma facture dépassera les cinquante dollars; je crois sincèrement qu’il est possible de très bien manger en deçà de ce prix… Mais pour la première fois de ma vie, vendredi dernier, je n’ai pas eu de « petit pincement » en voyant la facture élevée de notre souper au Club Chasse et Pêche; j’ai vécu une expérience qui valait véritablement ce prix. Impeccable.

La folie des Kit Kat japonaises

19 février 2010 at 14:16 | In Insolite, Japon | 10 Comments
Tags:

     Voilà une chose que j’ignorais totalement avant de planifier un voyage au Japon: les japonais sont fous des  Kit Kat! Paraît-il (selon wikipedia) que cet engouement serait en partie dû au rapprochement entre le nom de la célère barre de chocolat et l’expression « kitto katsu » qui signifie « tu vas certainement gagner! »

     Les étudiants japonais ont pris l’habitude de s’offrir une multitude de Kit Kat pour se souhaiter « bonne chance » et pour répondre à leurs demandes croissantes, les fabricants créent encore aujourd’hui une quantité innombrable de saveurs plus farfelues les unes que les autres… Voici quelques exemples trouvés sur internet: ginger ale, sauce soya, cerise, thé vert, thé gyokuro, banane, fraise, sirop d’érable, fèves azuki, muscat, cheesecake aux bleuets, cheesecake aux fraises, melon d’eau, patate douce, maïs grillé, pomme, yuzu, cantaloup, vin rouge (!), soupe aux légumes (!), piment, etc.


     Et puis voilà, gracieuseté de mon amoureux, j’ai reçu comme cadeau de Saint-Valentin un petit aperçu de ces mystérieuses Kit Kat (dont je n’arrêtais pas de lui parler)! Je ne peux pas vous cacher la saveur de la première puisqu’elle est indiquée bien clairement sur l’emballage: framboise et fruit de la passion!

     Je vous laisse par contre deviner, à l’aide des photos plus bas… À quelles saveurs sont mes deux autres Kit Kat?

     Je vous reviens dans un jour ou deux avec les réponses et mes commentaires de dégustation!

Ajout 22 février:

     Pour la première Kit Kat, Annie (@1capricieuse) a bien deviné! Cette barre de chocolat est supposée être au « soda », mais je dois vous avouer qu’à l’ouverture du petit sachet, elle sent le bubble gum à plein nez! (Alors Charlotte, tu n’étais pas loin non plus!) On dirait que c’est une tentative de reproduire en chocolat le goût des Mr.Freeze bleus que l’on mangeait étant jeune; remarquez la couleur (hum hum) appétissante de la barre… Une chance qu’il y a le goût habituel de la gaufrette Kit Kat à l’intérieur!

     Pour ce qui est de la deuxième, Marie-Ève a presque deviné: elle est au miso! À mon avis, elle ne goûte pas du tout ce qu’elle prétend goûter, mais ce n’est pas mauvais. On dirait simplement que l’on a échappé un peu d’arôme de cassonade ou de sirop d’érable dans le mélange!

     Des trois barres reçues, c’est l’édition spéciale pour la St-Valentin, à la framboise et au fruit de la passion, qui est la meilleure! L’odeur qu’elle dégage, un genre de caramel synthétique, est particulièrement désagréable, mais le goût est un parfait mélange des deux fruits!

     J’espère continuer l’enquête sur place dans quelques mois… à suivre! ;-)

Un amour de cidre de glace – suite

16 février 2010 at 19:46 | In Agrotourisme | Leave a Comment
Tags:

     Pour la troisième année consécutive, Rougemont a arrosé notre fin de semaine de la Saint-Valentin avec de délicieux cidres de glace! C’était pour notre part la seconde fois que nous visitions l’événement, qui continue de nous charmer par son caractère de « grande fête de quartier » et par les délicieux produits offerts…  Comme chéri conduisait, c’est moi qui s’est vraiment beaucoup adonnée au plaisir de la dégustation; l’année prochaine il faudrait s’engager un chauffeur désigné! ;-)

     J’aime retourner au Mondial des cidres de glace parce qu’il nous permet de comparer les différentes cuvées de ce merveilleux produit, chose que l’on ne ferait probablement pas à la maison, vu le prix souvent élevé de ces charmantes petites bouteilles. C’est aussi le moment idéal pour découvrir les types de cidres de glace que l’on préfère, qu’ils soient plus ou moins sucrés, mousseux, plus près de l’acidité de la pomme ou plus complexes…

     J’en profite également chaque fois pour rencontrer de nouveaux cidriculteurs, ou tout simplement pour me procurer la bouteille d’un producteur qui n’est pas disponible à la SAQ. Comme je le mentionnais l’an dernier, le Mondial des cidres de glace c’est aussi une grande fête d’hiver, et boire un cidre de glace emmitouflés dans nos manteaux, tuques et foulards alors qu’il fait vingt sous zéro, ça ne peut que faire ressortir la délicieuse fraîcheur du produit! 

      Nos coups de coeur? Je dois vous avouer que mes préférés d’entre tous (je les achète plusieurs fois par an) sont le Pomme de Glace du Clos Saint-Denis (Saint-Denis-sur-Richelieu) et le cidre de glace du Domaine Lafrance (Saint-Joseph-du-Lac). J’adore également le cidre de glace mousseux de la Cidrerie du Minot (Hemmingford), le Crémant de Glace!  Lors du festival, j’ai craqué pour un surprenant produit de la cidrerie Cryo (Mont-Saint-Hilaire), un tête de cuvée à base de pommes golden russet.

       Sur une moins bonne note, le prix des coupons avait doublé cette année et… entre 2 et 4$ pour un fond de verre, c’est cher! De plus, mon coup de coeur dans les produits du terroir de l’an dernier, la délicieuse fondue au fromage de la  Fromagerie F.X. Pichet (les créateurs du Baluchon) n’y était pas; fort triste. Mais en somme, nous ne résisterons probablement pas à la tentation d’y retourner l’an prochain!

« Il est grand temps de rallumer les étoiles »

12 février 2010 at 10:39 | In Livres, Montréal | 1 Comment
Tags:

« Maman, est-ce qu’il y aura classe demain? »

-une fillette à Port-au-Prince, le soir du tremblement de terre du 12 janvier 2010

     C’est sur les mots de cette petite fille qui pensait déjà au lendemain que Dany Laferrière a conclu la Soirée bénéfice Étonnants voyageurs de vendredi dernier à la Librairie Olivieri, qui donnait tout un sens aux paroles que nous avions vues circuler dans les médias quelques semaines plus tôt: «Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire». (Dany Laferrière s’adressant à Frankétienne)

    Je crois que nous avons tous un peu écarquillé les yeux lorsque nous avons appris à la toute fin que l’événement, qui faisait plus que salle comble, a permis d’amasser 10 400$ pour le CECI!!! Comme disais encore une fois Dany Laferrière, « nous les poètes, ne sommes pas habitués à voir autant de monde! »

Maka Kotto

     C’est avec privilège que nous avons vu défiler devant nous une vingtaine de poètes et d’écrivains, lisant des textes d’auteurs haïtiens. Touchant nos oreilles et notre coeur, pour n’en nommer que quelques uns: Nicolas Dickner (dont je vous invite à aller lire ce beau texte intitulé « La boîte de Rodney ») lisant du Jacques Roumain; la poète Laure Morali (dont je vous suggère l’excellent recueil La terre cet animal); Joujou Turenne, qui a lu des extraits de l’oeuvre du regretté Georges Anglade; le poète Joël Des Rosiers lisant du Gérard Étienne; la poète Louise Warren lisant du Davertige; la comédienne Pascale Montpetit récitant le célèbre Émile Ollivier; Stanley Péan, Hélène Dorion récitant des poèmes de Rodney Saint-Éloi, et j’en passe…

     Pour être franche, j’ai rarement vu une écoute aussi attentive et respectueuse lors d’une soirée littéraire! Les moments marquants de la soirée, à mon avis, ont été lorsque l’on nous a lu un cri de détresse d’Haïti daté du 2 février, lorsque Rodney Saint-Éloi nous a lu Frankétienne, lorsque le poème « Nuit d’hôpital » nous a été récité par Dany Lafferière et lorsque Maka Kotto nous a lu un extrait de l’Énigme du retour.

Rodney Saint-Éloi

     Nous étions heureux de participer à cette soirée, où l’on nous a rappelé comment les mots pouvaient être puissants, où ce vers de Gary Klang, « il est grand temps de rallumer les étoiles », résonnait et prenait tout son sens. Je suis revenue chez moi, ce soir-là, avec le goût du vin et d’une délicieuse bisque de crabe surmontée de chantilly au rhum en bouche… mais surtout, avec l’envie de découvrir davantage de littérature haïtienne.

     Il y a un mois aujourd’hui même, la terre tremblait à Haïti.

Il est grand temps de rallumer les étoiles.

- Gary Klang

     Pour que vous puissiez vous aussi prendre part à cette soirée, voici en terminant un passage qui nous a été lu par Maka Kotto de l’Énigme du retour de Dany Laferrière:

Il arrive toujours ce moment. /Le moment de partir. /On peut bien traîner encore un peu /à faire des adieux inutiles et à ramasser /des choses qu’on jettera en chemin. /Le moment nous regarde /et on sait qu’il ne reculera pas.

L’instant du départ nous attend à la porte. /Comme quelque chose dont on sent la présence /mais qu’on ne peut toucher. /Dans la réalité il prend l’aspect d’une valise.

Le temps passé ailleurs que /dans son village natal /est un temps qui ne peut être mesuré. /Un temps hors du temps inscrit/ dans nos gènes.

Seule une mère peut tenir pareil compte. /La mienne a fait pendant trente-deux ans /sur un calendrier Esso /une croix sur chaque jour /passé sans me voir.

[…]

Les visages autrefois aimés s’effacent /au fil des jours de notre mémoire brûlée. /Le drame de ne plus reconnaître /même ceux qui nous furent proches. /L’herbe repousse, après l’incendie, /afin de camoufler toute trace du sinistre.

En fait, la véritable opposition n’est pas /entre les pays, si différents soient-ils, /mais entre ceux qui ont l’habitude /de vivre sous d’autres latitudes /(même dans une condition d’infériorité) /et ceux qui n’ont jamais fait face /à une culture autre que la leur.

Seul le voyage sans billet de retour /peut nous sauver de la famille, du sang /et de l’esprit de clocher. /Ceux qui n’ont jamais quitté leur village /s’installent dans un temps immobile /qui peut se révéler, à la longue, /nocif pour le caractère.

Pour les trois quarts des gens de cette planète /il n’y a qu’une forme de voyage possible /c’est de se retrouver sans papiers /dans un pays dont on ignore /la langue et les mœurs.

On se trompe à les accuser /de vouloir changer /la vie des autres /quand ils n’ont /aucune prise /sur leur propre vie.

Si on veut vraiment partir il faut oublier /l’idée même de la valise. /Les choses ne nous appartiennent pas. /On les a accumulées par simple souci de confort. /C’est ce confort qu’il faut questionner /avant de franchir la porte. /On doit comprendre que le minimum de confort/ qu’il faut pour vivre ici en hiver /est une situation rêvée là-bas.

[…]

Je crains qu’un événement si fort soit-il /ne puisse jamais bousculer /un homme dans ses habitudes. /La décision est prise bien longtemps avant /qu’on en ait véritablement conscience /et pour une raison qui nous échappera toujours. /L’instant du départ est si longtemps /inscrit en nous que le moment où il arrive /nous semblera toujours banal.

- Dany Laferrière, L’Énigme du retour

Page suivante »

Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.